Interview with Rok Jenko

Un designer est tout sauf un artiste

Nous avons discuté avec M. Rok Jenko, jeune designer industriel, cadre dans le département design de Gorenje.

Depuis quatre ans, il est directeur de projet design pour la nouvelle génération de lave-linge et sèche-linge qui comporte deux appareils prestigieux, les Premium à écran tactile, lauréats du prix de design Red Dot (Point rouge) en début de l’année 2005.

Son travail est reconnu pour la première fois au niveau national alors qu’il était encore étudiant : il remporte le prix Bio, décerné par la Biennale internationale de Design industriel de Ljubljana, pour le design d’un ustensile de cuisine tout simple, un couteau. Encouragé par ce premier succès, il crée son entreprise de design quelques années plus tard avec un groupe d’étudiants. Deux ans après, il termine ses études et obtient son diplôme haut la main en présentant un projet qui attire l’attention d’un vaste public : « la cuisine en l’an 2025 ». Ces six dernières années, il a participé, au sein du département design de Gorenje, à la plupart des projets électroménagers. Parallèlement à ses fonctions chez Gorenje, il conduit un Master en Gestion de design industriel.

À quelle étape du développement produit les designers sont-ils impliqués dans le projet et, inversement, à quel moment l’élaboration du design implique-t-elle d’autres professionnels?

Le processus créatif est quelque chose qui ne s’arrête jamais. Je pourrais dire que la création initiale prend trois mois. Au bout de six mois, nous avons retenu trois appareils sur notre liste, avons réalisé les maquettes en grandeur nature et l’une d’entre elle a été sélectionnée. Une fois que le vainqueur est choisi, nous entrons dans une phase de « verrouillage » ; cela signifie qu’il n’y a plus de retour en arrière possible. La décision est prise, nous avons choisi un design particulier. Bien des gens pensent que dès cet instant, le travail des designers est terminé. Mais en réalité, nous ne sommes qu’à mi-parcours. À ce moment-là, d’autres spécialistes interviennent et nous commençons à travailler sur les détails. Différents départements, allant de la technologie à la mécanique – et nous y compris – travaillent main dans la main jusqu’à ce que le concept design se soit concrétisé en produit fini. Au cours de cette étape, j’entends dire très souvent : « Vous les designers, vous êtes des artistes ». Mais un designer est tout sauf un artiste ! Je dois encore répéter que le processus complet s’étend de la période où naît la création jusqu’au moment où le produit est achevé ; et le designer doit tout connaître. Nous travaillons selon le principe de l’ingénierie collaborative, c'est-à-dire que nous travaillons main dans la main et c’est pourquoi je dois comprendre aussi bien le fonctionnement de l’appareil que les procédures de fabrication. Depuis que le design joue un rôle de premier plan et que Gorenje s’est affirmé en tant que créateur de tendance, le designer est le dernier à manquer à l’appel lorsqu’il s’agit de résoudre un problème.

Quelle est la conséquence d’un prix professionnel pour l’évolution du design chez Gorenje ?

Il y a une dizaine d’années, nous avons décidé que le département design devait concentrer toute son énergie pour que Gorenje devienne une entreprise qui a le sens du design et soit orientée vers le design. À cette époque, Gorenje avait envoyé le lave-linge Simple&Logique concourir au prix Red Dot, mais il ne l’avait pas remporté. Quoiqu’il en soit, ce modèle fut très important. Nos clients l’ont remarqué et l’ont très bien accepté. Même s’il arrive en fin de course, bien des gens l’apprécient encore.

Cet appareil a vraiment reçu un très bon accueil et il a motivé une multitude de consommateurs à acheter notre marque. Depuis que nous sommes une entreprise orientée vers le design, nous devons poursuivre dans cette voie, et nous ferons tout notre possible pour être reconnus encore en remportant d’autres concours professionnels. L’important, dans ce contexte, c’est d’être promu au rang de « star » et de pouvoir citer des références professionnelles. C’est pour cela que nous continuerons de participer à ces compétitions avec nos produits. Nous sommes maintenant membres du club des meilleurs et pouvons proclamer avec fierté que nous somme une entreprise orientée vers le design. Et nous ne voulons pas donner l’impression de manquer de modestie, car nous sommes modestes. Maintenant, quand vous dites aux clients que vous êtes classés parmi les meilleurs, à la fois en termes de technologie et de design, et que vous pouvez le prouver, ils vous croient. Il est essentiel que les clients constatent – aussi par le biais de prix professionnels – que nous sommes vraiment bons.

Quel est, selon vous, le degré de sensibilisation des clients par rapport au design en général ?

Aujourd’hui, les clients sont de plus en plus demandeurs et attachent de plus en plus d’importance aux émotions. Sur un marché regorgeant d’appareils électroménagers, nous devons leur offrir un petit extra. Cela veut dire que nous devons fournir quelque chose en plus des fonctionnalités, qui sont données pour garanties, comme est donné pour garanti le fait que l’appareil acheté va fonctionner. Alors, que faisons-nous ? Nous améliorons la qualité de nos appareils par rapport à la qualité moyenne des produits concurrents. Nous pouvons aussi y ajouter des émotions, induites par les informations visuelles que nous façonnons avec le design. C’est pour cela que le design est important pour moi.

Les informations visuelles peuvent être les couleurs, les formes, les lignes, ou les surfaces. Là, nous pouvons avoir un impact direct sur les émotions, et le rôle du designer est essentiel. Les émotions peuvent aussi être suscitées par l’ergonomie, les sons, le goût, et nous, designers, intervenons délibérément dans tous ces domaines. Le résultat est le suivant : nous satisfaisons en premier lieu les besoins primaires de nos clients qui veulent un appareil travaillant à leur place, et en second lieu, nous satisfaisons leur désir, qui est d’être entourés de belles choses. Je ne parle pas ici de bon design, mais de design novateur, dans la mesure où le design proprement dit ne recouvre qu’une partie de la profession de designer.

Pensez-vous qu’à l’avenir, les consommateurs vont renouveler leur électroménager tous les cinq ans à cause de la valeur ajoutée par le design ? Vont-il acheter un nouvel appareil même si l’ancien fonctionne encore ?

Cela est en passe de se produire. Notre perception a changé à ce sujet, et elle est encore en train de changer. C’est malheureusement l’une des caractéristiques de la société de consommation. En tant que fabricant et marchand, Gorenje a intérêt, bien sûr, à vendre le plus possible, mais nous ne forçons personne à acheter nos produits. Les clients, le marché, la pression de la concurrence nous obligent à fabriquer des appareils correspondant aux attentes des utilisateurs.

Et c’est tout à fait logique. Nous attachons tous une grande importance à la mode. Cela a commencé avec l’industrie textile, lorsque nous avons acheté des vêtements pour ne les porter qu’une saison. Le fait est que les gens renouvellent plus souvent leur électroménager. Ils veulent être dans l’air du temps. Et là aussi, un nouveau design d’intérieur est en train d’émerger. Les cuisines deviennent des pièces à vivre et c’est pourquoi nos appareils doivent être agréables à regarder. Si nous voulions conserver nos machines pendant 25 ans comme nos grands-parents, nous serions traités de traditionalistes vieux jeux incapables de surfer sur la tendance. Et comme nous voulons tous être entourés de belles choses, Gorenje s’efforce de les rendre encore plus belles.